tout est écrit ?

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En ouverture de la cinquième partie du livre La Voie du Tarot, Alejandro Jodorowsky raconte son parcours dans les études du Tarot. Aujourd’hui, alors que je viens d’ouvrir le site au public et qu’il s’agit pour moi de mettre un peu de chair à ronger autour du squelette, j’ai envie de vous offrir à lire quelques extraits de cette ouverture.

Ces lignes représentent pour moi une excellente introduction à ma façon d’approcher le Tarot, sur les traces d’Alejandro Jodorowsky et son Tarot de Marseille restauré (maison Camoin). Je les trouve absolument délectables…

Pendant mes premières années d’études du Tarot, cherchant la signification de ses symboles, je les ai considérées comme un outil de connaissance de soi. Influencé par mes lectures de livres sur l’alchimie, la Kabbale et autres initiations, j’ai considéré que celui qui aspirait à la sagesse devait travailler dans la solitude. La graine, pour germer, a besoin de l’obscurité des profondeurs de la terre, de même que le foetus a besoin de l’obscurité du ventre maternel et que l’âme, d’après saint Jean de la Croix dans La Montée du mont Carmel, doit, pour arriver à l’union avec Dieu, passer par la nuit obscure de la foi, dans la nudité et la purgation (…).

Voilà pourquoi, conjuguant cela à l’usage commercial que les pythonisses* à la mode faisaient du Tarot, je dédaignais l’aspect de la lecture. D’un point de vue initiatique, mais aussi scientifique, il me parut honteux d’utiliser les cartes pour prédire l’avenir. (…)

Je n’étais absolument pas disposé à lire d’hypothétiques avenirs. L’idée du destin transmise par le théâtre grec antique me répugnait, cette superstition selon laquelle « tout est écrit » et que personne ne peut échapper à son destin. Si, dès que nous naissons, un dieu dirige chacun de nos pas, à quoi bon nous efforcer à quoi que ce soit ? Pouvons-nous considérer que notre vie est fixée à l’avance, inévitable, et qu’il nous est seulement permis de la subir ? Pour affronter la lecture des cartes, je devais définir le concept d’avenir… Le consultant a ou non une finalité dans sa vie, il agit par rapport à des projets, il fait des plans. Lorsqu’il s’inquiète de son avenir, c’est qu’il ne valorise pas ses actions présentes, il doute. Mais le présent est un instant fugace : ce qui pèse sur le développement du consultant, c’est le passé, qui peut agir comme un lest tendant à faire répéter dans l’avenir les expériences traumatisantes de l’enfance (je me fais ou non ce que les autres m’ont fait ou non, je fais ou non aux autres ce qu’on m’a fait ou non, je répète ce que les autres se sont fait ou ne se sont pas fait), ou comme une source d’énergie qui nous pousse à progresser, à changer – dans le meilleur des cas, à nous transformer.

Si l’on m’obligeait à accepter l’existence d’un avenir qui nous prédestine, je visualiserais le présent comme un point d’où part un éventail de chemins infinis. Un acte volontaire, un accident, quelque chose qui arrive par hasard nous projette en avant en nous obligeant à vivre l’un des innombrables destins possibles. Ce qui permet d’affirmer que, même lorsque « tout est écrit », le menu divin ne contient pas un plat unique mais tout un choix. Le libre arbitre consiste à choisir l’une de ces condamnations infinies.

Lorsqu’on élimine la tromperie de la « lecture de l’avenir », le Tarot devient un outil psychologique, un instrument de connaissance de soi. En affrontant honnêtement les caractéristiques de notre personnalité déviée – habitudes, identifications, manies, vices; troubles narcissiques, antisociaux, schizoïdes, paranoïdes; leurres personnels, idées folles, sentiments dépressifs, immaturité affective, désirs détournés, besoins imposés par la famille, la société ou la culture -, nous pouvons parvenir à la connaissance de notre essence réelle, c’est-à-dire ce qui en nous est inné et non pas acquis. Conduire le consultant à cesser d’être ce que les autres veulent qu’il soit pour arriver à être ce qu’il est vraiment.

Source : Alejandro Jodorowsky & Marianne Costa, La Voie du Tarot, pp. 455-457

Autant vous dire que je rejoins totalement l’auteur dans cette approche ! Notre essence réelle nous est innée, à nous de la découvrir, au-delà des conditionnements et des représentations intégrées de Qui nous croyons Être.

Mains Tenant, 1er juillet 2014

 

Un commentaire

  1. allez…. soyez pas timides….
    avez-vous déjà tenu un jeu de Tarot dans vos mains ?

    quelles sensations ou quels souvenirs en gardez-vous ?

Une intuition, une image à partager ?