XVII ~ L’Etoile

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Agir dans le monde. Trouver sa place.

Dans le cartouche inférieur (la partie inférieur de la lame), la graphie ambiguë laisse place à de nombreuses lectures : Le Toille, Le Toule (qui serait un dérivé du mot « source » en langue d’oc), le Toi Ile (l’île du toi)… Cet Arcane sera pour nous L’Etoile. On y voit une femme nue agenouillée sous un ciel constellé. Sous les étoiles, une étoile : l’être humain dans sa vérité.

L’Arcane XVII représente le premier être humain nu du Tarot, avant les Arcanes XIX à XXI. C’est avec elle que commence l’aventure de l’être parvenu à la pureté, au dépouillement. Au-delà du paraître, elle n’a plus rien à cacher, elle n’a qu’à trouver une place sur la terre. L’attitude de l’Etoile évoque la piété et la soumission : on s’agenouille dans un temple, ou devant un roi, une reine. On peut donc dire qu’elle honore le lieu où elle s’établit. Son genou posé au sol peut aussi être un signe d’enracinement : elle a trouvé sa place sur la terre et est en communication avec le cosmos.

Dans la numérologie du Tarot, le 7 est le plus haut degré de l’action dans le monde. Il existe de nombreux liens entre l’Etoile et le Chariot (l’Arcane VII) : tous deux s’enracinent dans la terre; sur le dais du chariot brillent douze étoiles qui indiquent sa relation avec l’univers. Mais si le Chariot pénètre dans le monde comme un conquérant, un voyageur ou un prince inséminateur, l’Etoile agit sur le monde en l’irriguant, en le nourrissant. Les seins nus du personnage évoquent la lactation, et on pourrait voir dans les étoiles qui la surplombent une allusion à la Voie lactée. Les étoiles, au nombre de huit, nous indiquent qu’une perfection est ici atteinte : la perfection du don. (…)

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Dans une lecture

L’Etoile représente une étape où l’on trouve sa place pour agir dans le monde pour l’embellir et le nourrir à partir d’un lieu que l’on fait sien. Elle incite parfois à ne pas choisir entre deux options en apparence inconciliables, mais à concilier les deux. Elle est traditionnellement vue comme un signe de chance, de prospérité, de fertilité. Elle symbolise l’action généreuse. On l’associe aussi à l’amour divin, à l’espoir, à la vérité (qui sort toute nue du puits). Elle représente une réalisation créative, qui suppose de trouver sa place.

Pour un homme, c’est l’amante par excellence, ou la beauté de son féminin intérieur à partir duquel il est désormais capable d’agir. Pour une femme, c’est la réalisation de sa présence dans le monde, une action conforme à son désir et à sa nature profonde. Sa relation consciente et généreuse avec la nature nous oriente vers l’écologie, le chamanisme, toutes les croyances et les disciplines qui prennent en compte la planète comme un être vivant. Si l’Etoile verse ses jarres dans le passé ou dans le vide, il faudra se demander pourquoi elle gaspille son énergie, vers quel noeud irrésolu.

Cette carte, par sa nudité et sa nature stellaire, évoque aussi Vénus, l’étoile du Berger, le plus brillant des astres qui permet de s’orienter dans la nuit.

Et si l’Etoile parlait …

Dans l’Infinie multiplicité des êtres et des choses, j’ai trouvé ma place – dans le monde et en moi-même, car c’est la même chose. Je n’ai plus besoin de chercher, je n’ai plus aucune image de moi-même, je suis à ma place ici, et partout, volontairement attachée.

Je suis dans chaque particule de poussière, dans chaque territoire, chaque cours d’eau, chaque étoile, chaque partie de mon corps. Et comment ne respecterais-je pas le monde, et mes os, et ma chair ? Toute cette matière n’est pas à moi, elle m’a été prêtée, rien que pour un fragment de temps. Et je la respecte car elle est mon temple – celui où réside l’impensable Dieu. L’esprit est matière et la matière est esprit, constamment l’univers naît et éclate, et au centre de lui, là où je me suis agenouillée, je suis.

Si je dis « je suis là », je veux dire que je suis en cela qui soutient tout vie, dans cette source incessante d’énergie que je distribue par mon esprit, mon coeur, mon sexe. Energies d’une pureté sublime, qui en jaillissant de moi nettoient le monde. Je rends son parfum à l’atmosphère, sa douceur aux eaux du fleuve, sa fertilité à la terre, et leur vie à tous les océans. Il n’y a pas un endroit dans le cosmos dont je sois absente.

En chaque instant, jamais je n’abandonne le présent. Ni le passé, ni l’avenir ne peuvent m’enchaîner. Ni les regrets, ni les projets. Constante, fidèle à mon lieu, je reçois et je donne. Et quand je rends sans réticence, éliminant jusqu’à sa racine la plus obscure toute critique. Je ne juge pas. J’aime et je sers.

Je ne me sépare pas, pas même de l’épaisseur d’un cheveu, j’appartiens – c’est-à-dire que je vénère, j’obéis. C’est pour cela que je suis nue, nue comme un arbre, un oiseau ou un nuage. Je suis de mon corps, de ma chair et de mon sang; étant, il m’est impossible d’abandonner ou de m’abandonner moi-même. Comment ne pas aimer ce qui me possède amoureusement ?

De même que je me donne à la terre, je me donne à ma chair et à mes os. Comme je me confie aux océans, je me confie à mon sang. Comme je me livre à l’air, je me livre à ma peau; comme je m’en remets aux étoiles je m’en remets à mes cheveux. Et pleine de cet amour d’esclave, radieuse, j’agis sur le monde et sur moi-même. J’agis, c’est-à-dire que je vais avec le monde, éliminant les obstacles, transmettant l’énergie qui vient de par-delà les étoiles. Je ne fais qu’enrichir et purifier, et nourrir, et comprendre, et purifier. De même j’agis sur moi : je m’ouvre vers tous les infinis, je laisse l’haleine des dieux circuler par tous les pores de ma peau. Je n’offre aucune résistance à la circulation impétueuse de mon sang. Je permets à tous les mystères de me traverser. Et au centre de mon ventre, devenu infini, je reçois et je laisse naître la totalité de la lumière.

Source : Jodorowsky, La Voie du Tarot, pp. 239-243

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