XIII ~ L’Arcane sans nom

XIII - L'Arcane sans nom

 

Transformation profonde, révolution.

 

L’erreur la plus répandue concernant cet Arcane est celle de la tradition superficielle qui lui a donné la signification, et parfois, le nom de ‘la Mort’. Le poids de cette inexactitude a fortement pesé sur l’interprétation de l’Arcane XIII. Certes, on y voit comme figure centrale ce squelette faucheur qui, dans la tradition populaire, représente la mort. Cependant, de nombreux éléments nous permettent d’écarter cette interprétation simpliste. D’une part, l’Arcane XIII n’a pas de nom. Après le travail de vide et d’approfondissement réalisé par Le Pendu, cette carte invite à une purification radicale du passé, à une révolution qui se situe dans les profondeurs non verbales ou préverbales de l’être, dans l’ombre de ce terrain noir, de cet inconnu de nous-mêmes d’où émerge, comme d’une matrice, notre humanité.

D’autre part, on remarquera que 13 n’est pas le chiffre ultime de la série des Arcanes majeurs, mais qu’il se situe un peu au-delà du milieu de la série. Si cette carte représentait une fin, elle porterait probablement le numéro vingt-deux. Sa situation au coeur du Tarot nous incite à la voir comme un travail de nettoyage, une révolution nécessaire au renouvellement et à l’ascension qui mène après elle, degré par degré, vers la réalisation totale du Monde. Par ailleurs, cette carte numérotée mais non intitulée fait écho au Mat, qui a un nom mais pas de numéro. La similitude des postures entre les deux personnages est évident (…).

Le personnage, avec sa faux vitale (rouge) et spirituelle (bleu ciel), est en train de travailler la nature, sa propre nature profonde. Il tient la faux par un manche jaune, couleur de l’intelligence : le travail a été voulu, pensé, et maintenant il s’accomplit. Dans le processus de l’Arcane XIII, on verra souvent affleurer la colère ou l’agressivité, subie ou exprimée. Mais il est possible que ce travail s’effectue comme un éclatement, une explosion rapide et libératrice. C’est un processus d’élimination qui laboure l’ego et le dompte. Plus aucun élément inutile n’est toléré, les systèmes de valeurs et les concepts réducteurs qui nous enferment sont balayés. et avec eux la complicité que nous entretenions jusque-là avec notre irréalisation ou notre névrose. Tous les liens de dépendance sont coupés pour nous permettre de récupérer la liberté perdue, celle-là même dont le Mat est le symbole primordial.

Le sol noir sur lequel travaille l’Arcane XIII rappelle le ‘nigredo’ de l’alchimie, ou la vase d’où émerge le lotus dans la tradition bouddhiste. C’est la couleur de l’inconscient, de la vacuité, du mystère profond. Nous y trouvons deux têtes dont on ne sait si elles sont coupées ou si elles surgissent de l’obscurité – en tout cas, le squelette s’appuie sur elle pour avancer. Père et mère ont été détrônés, dans un premier temps, pour que la noblesse profonde du masculin et du féminin apparaisse, sous la forme de deux archétypes purifiés. Deux êtres humains de tradition royale naissent donc ici, de même que poussent deux formes d’herbes : l’une bleu foncé, couleur de la réception spirituelle intuitive, et l’autre jaune, couleur de l’intelligence active et solaire.

Nous observons aussi que des pieds et des mains se détachent sur le noir du sol, certains très bien formés, d’autres imparfaits. Sont-ils coupés ? Poussent-ils ? Dans ce cas, on peut dire que l’être nouveau affleure déjà à la surface. Si nous étudions de plus près le personnage squelettique, nous voyons que son visage n’en est pas un, c’est une ombre de profil, comme si le noir du sol était monté jusqu’à la tête, que le mental s’était vidé. L’œil du personnage rappelle un dragon se mordant la queue, symbole de l’univers infini. Sa tête porte une forme lunaire, signe de sa réceptivité, et sur l’arrière de son crâne, en tournant la carte, on peut découvrir parmi les hachures les lettres hébraïques ‘Yod’, ‘Hé’, ‘Vav’, ‘Hé’ qui composent le Nom divin. La somme de ces quatre lettres, dans l’alphabet hébreu, donne 26, chiffre de la divinité, dont 13 est l’exacte moitié.

Cet être porte en lui la divinité, mais il n’est pas entièrement divin, il travaille dans le plan de l’incarnation. Le bassin du personnage et sa colonne vertébrale reprennent les couleurs de la faux : bleu ciel et rouge, comme si ces deux couleurs (action vitale et réceptivité spirituelle) constituaient la base de la croissance qui se développe le long de la colonne, en épi de blé, jusqu’à la fleur rouge à quatre pétales qui soutient la tête. Caché dans son bassin, un cœur bleu nous indique qu’il travaille avec l’amour. Un de ses genoux et un de ses coudes portent une fleur à trois pétales ou un trèfle rouge, qui désigne là encore l’activité en des points stratégiques de l’être : genou et coude sont le lieu du charisme, de la communication avec la foule. Dans le corps couleur chair, une jambe et un bras sont baignés de la couleur bleu ciel. Il s’agit d’un être actif et communicatif à la fois incarné et spirituel, humain et divin, mortel et immortel. Son masque est effrayant. Même si nous avons vu qu’il cache l’action divine, on peut se laisser terrifier par son apparence et voir dans ce personnage un boiteux à la tête vide qui fauche au hasard, sans respect pour la beauté de la vie. Une menace terrifiante et sans appel, comme la mort injuste et sans merci. Mais son action nous indique la voie de la transformation et nous amène de la mortalité à l’immortalité de la conscience individuelle.

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Et si l’Arcane XIII parlait…

(en construction)

Source : Jodorowsky, La Voie du Tarot, p. 211-214

 

 

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