VIII ~ La Justice

VIII - La Justice

 

Équilibre, perfection.

Equilibre universel. Peser et trancher. Perfection. Rigueur. Mère castratrice. Responsabilité dans la liberté. Raison et volonté. Collaboration à l’oeuvre divine. Inflexibilité. Procès. Arbitre. Lois cosmiques. Bonnes ou mauvaises actions qui nous suivent au travers de nos existences successives. Lucidité. Se donner ce que l’on mérite.

La Justice, numéro huit, symbolise la perfection. C’est le sommet de la série des nombres pairs : après l’accumulation du 2, l’établissement du 4 et la découverte du plaisir du 6, le 8 atteint l’état où il n’y a rien à ajouter et rien à ôter. Le 8, en chiffre arabe, est formée de deux cercles superposés : perfection dans le ciel et sur la terre. Dans la numérologie du Tarot, il est aussi le double du 4, donc un double carré : stabilité dans le monde matériel et dans le monde spirituel (voir p. 72, 76, 93).

Symbole d’accomplissement, La Justice, avec sa balance équilibre notre vie. Mais équilibre et perfection ne sont pas synonymes de symétrie. De même que l’art sacré des bâtisseurs de cathédrales refusait la symétrie comme une chose diabolique, la carte de La Justice est structurée de manière dissymétrique : le pilier droit de son trône est plus haut que l’autre, et se termine par une petite sphère jaune sombre absente du côté gauche; son collier monte plus haut à gauche, les plateaux de sa balance ne sont pas sur le même plan horizontal, son épée n’est pas parallèle à la colonne de son trône.

Si l’on observe le mouvement de la balance, on s’aperçoit que La Justice influence de son coude à droite, et de son genou à gauche. Cette ‘tricherie’ peut s’interpréter à plusieurs niveaux. On peut bien sûr lui donner un sens négatif d’injustice, de fausse perfection et de ruse qui se justifiera dans certaines lectures. On peut également penser que, par ce geste, la Justice nous invite à ne pas verser dans le perfectionnisme : l’exigence de perfection est inhumaine, puisque ce qui est parfait est figé, indépassable, donc mort. Elle nous inviterait alors à y substituer, par la ruse sacrée, la notion d’excellence qui permet à l’action d’être dynamique et perfectible.

On peut enfin penser que l’inégalité de ses plateaux manifeste l’instabilité propre à la nature, et qu’elle lui apporte un soutien inspiré par la miséricorde divine. En ce sens, La Justice est profondément humaine : ses cheveux couleur chair, son vêtement qui s’enfonce dans la terre la relient au plan terrestre. Mais elle est aussi un point de rencontre avec le divin et l’humain : au-dessus de son front, la bande blanche de sa coiffure dénote un contact avec la pureté divine, et sur sa couronne, un cercle jaune entouré de rouge (sur les couleurs, vois p. 105 sqq.) comme un troisième oeil, indique qu’elle agit en fonction d’un regard supérieur, d’une intelligence reçue de l’univers.

Bien assise sur son trône, La Justice, avec ses attributs actif (le glaive) et réceptif (la balance) est aussi la première figure qui regarde de face, comme plus tard Le Soleil ou l’ange de la carte du Jugement regarderont le consultant. La Justice invite ainsi à une introspection sans faille, à une plongée dans le présent. Cet Arcane se démarque donc des représentations traditionnelles de La Justice aux yeux fermés, son regard rencontre le nôtre comme un miroir, comme un appel à la prise de conscience. Il s’agit avant tout de se faire justice soi-même, de se donner ce que l’on mérite.

Sous son coude, à droite, on trouve une tache violette, la plus volumineuse de tout le Tarot. Cette couleur si rare, si secrète, est un symbole de sagesse. La Justice est mue par la sagesse. la lumière bleu ciel qui émane des plateaux de sa balance nous indique qu’elle y pèse notre spiritualité. De même, la lame de l’épée est baignée de ce bleu essentiel, car elle sert à trancher le superflu, à se séparer de l’inutile. De la main qui tient la balance, La Justice fait un geste sacré, un mûdra où les quatre doigts de la main, représentant les quatre instances de l’être humain (pensées, émotions, désirs, besoins corporels) se rejoignent dans le pouce. L’Arcane VIII délivre ici un message d’unité.

Sur son costume, neuf triangles montants en patte d’oiseau sur fond bleu rappellent l’hermine, signe de la royauté. Ici, la noblesse est celle de l’esprit sublime et de l’action sans défaut. En ce sens, La Justice peut être vue comme le témoin de notre dieu intérieur qui nous pousse à une évaluation sans fard : nous faisons-nous justice ? Sommes-nous miséricordieux envers nous-mêmes et envers les autres ?

(…)

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Et si La Justice parlait…

Là où l’esprit a la même dimension que la matière, là où on ne sait pas si la densité est la racine de l’éther, où l’éther est l’accoucheur de la densité, là, dans cet équilibre éternel et infini, je suis. L’accomplissement de l’univers est ma justice; qu’elle donne à chaque galaxie, à chaque soleil, chaque planète, chaque atome la place qu’ils méritent. Grâce à moi le cosmos est une danse. Chaque naissance, chaque spirale, chaque étoile qui s’éteint a sa place dans l’univers. Je permets à chaque être d’être ce qu’il est; chaque poussière, chaque comète, chaque être humain mérite d’accomplir la tâche que la Loi suprême lui a donnée. A la moindre déviation de ce décret, je prononce le châtiment suprême : celui qui dévie sera expulsé du présent.

Le bien que tu fais aux autres, je te le rends. Ce que tu ne donnes pas, je te l’enlève. Quand tu détruis, je t’élimine. Non seulement je dissous ta matière, mais j’efface toute trace de toi dans la mémoire du monde.

Quand j’apparais dans le corps d’une femme, elle devient une mère véritable. Enfanter, c’est donner un lieu dans l’ici et maintenant à la Conscience infinie. Moi, mère universelle, je me situe au croisement éclatant et monumental où l’océan de la matière entre en contact avec l’âme impalpable, qui se désintègre comme une pluie pour faire vivre chaque fragment dense.

Je suis cette perfection qui ne demande aucun ajout et ne tolère aucune soustraction : tout ce que l’on me donne, je l’avais déjà; tout ce que l’on m’enlève n’existait pas en moi. Chaque instant est juste, parfait. De l’action j’élimine toute intention subjective. Je permets que les choses soient exclusivement ce qu’elles sont. Je donne à chacun ce qu’il mérite : à l’intellect, le vide; au coeur, la plénitude d’amour; au sexe, le plaisir de la création; au corps la prospérité, qui n’est autre que la santé; à la cinquième essence, la Conscience, je lui donne son centre qui est le dieu intérieur.

Source : Alejandro Jodorowsky & Marianne Costa, La Voie du Tarot, p. 181-186

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